Nouvelle chronique des livres des amis

Il y a quelques temps que je voulais vous proposer une nouvelle sélection des livres que j’ai aimés des auteurs qui me sont proches. Certains à qui je suis fidèle depuis longtemps et d’autres qui sont des découvertes qui je l’espère nous rapprocherons. En tout cas, voici des amis que j’aime par mots interposés. Ouvrez donc la porte de leurs livres et vous verrez comme nous nous y retrouverons en bonne compagnie !

Pense aux pierres sous tes pas

de Antoine Wauters

Dès qu’arrive l’automne, je ressens le besoin de sucre, de douceur et je craque pour une friandise saisonnière, je me rue sur le massepain. Alors quand dès les premières pages de son roman, Antoine Wauters me parle de femme aux « hanches en montagne de massepain », je me sens bien, sa langue me berce, me réconforte, les images sont belles, à la fois fortes et douces. Puis son histoire se déploie dans les quatre saisons des émotions. Aux belles couleurs rougeoyantes d’amours adolescentes succèdent la rudesse d’un hiver où tout espoir semble mort. Je n’aime pas les tragédies où les grandes amours sont impossibles, où les dictateurs se succèdent et aucun espoir n’est permis, sauf si on me rappelle fraternellement, comme dans « Pense aux pierres sous tes pas », qu’il s’agit de faire confiance à la terre, à son instinct et à une vitalité puissante. le printemps, quand il arrive enfin dans cette fable, m’a surpris par sa puissance, sa sexualité débordante et sa sensuelle solidarité. le tout pour aboutir a un été comme je les aime, chaud, écrasant mais plein de vie et de promesses. Je dévoile déjà beaucoup trop de ce magnifique livre en me tenant à ma métaphore météorologique, à des tournures poétiques, parce que cette histoire d’enfants qui grandissent est comme un météorite, capable d’écraser tout ce qui se mettrait en travers de son chemin et plein de renaissance potentielle à la fois. « Pense aux pierres sous tes pas » est un conte presque documentaire, qui entraîne le lecteur avec joie et générosité, qui parle de solidarité et de lien à la terre, qui s’offre une merveilleuse aventure imaginaire, tout en réussissant l’exploit de nous parler de nous, de notre petit monde gris quotidien et de nos relations trop superficielles avec nos contemporains. Une invitation à prendre soin de nos plantes de pied, à pardonner nos errances et à préparer la prochaine saison quand repousseront les fraises.

Les ombres d’Esver

de Katia Lanero Zamora

J’aime ces quelques instants au réveil où la conscience hésite encore entre le rêve et la réalité, comme s’il y avait un moment où on pouvait douter de sa propre existence et choisir de rester dans l’univers sombre et fascinant de son inconscient. Pur bonheur : c’est avec ce sentiment permanent que joue « Les ombres d’Esver » !

Katia Lanero Zamora y décrit un univers où tout concourt à brouiller les frontières entre les rêves et la réalité, qui deviennent des histoires dans l’histoire. Les pistes sont magistralement brouillées et chaque lecteur oscillera tour à tour entre une explication rationnelle ou fantastique car tout dépend de la manière dont on se raconte des histoires.

C’est la clé qui permettra à l’héroïne d’affronter les ombres qui hantent ses nuits et ses cauchemars éveillés. Amaryllis, c’est son nom, n’a rien d’une fleur fragile qu’on peut tailler à sa guise, c’est une jeune fille qui se bat pour et dans ses rêves. Et c’est là la force de Katia Lanero Zamora : elle crée à nouveau une héroïne passionnante qui va rendre vos rêves plus profonds et vous donner envie de vous lever le matin pour en réaliser plus d’un !

Chroniques d’une Échappée Belle

de Luc Baba

Luc Baba est un écrivain poète, de ceux qui écrivent des histoires en sculptant les mots. Ici, il met son écriture au service des chroniques d’une expérience médicale qui l’a amené aux portes de la mort et qui lui enseigné l’évidence de la vie. Ou peut-être est-ce l’expérience de la fatalité et de l’envie de vivre qui se met à nourrir son écriture d’une joie simple, d’une lucidité qui rend chaque phrase vibrante et touchante. Ou peut-être a-t-il été touché et vibre-t-il encore dans sa chair et parvient-il à nous le transmettre avec sa belle langue si simple et si soignée. Voilà, Luc Baba est sain et sauf et ses chroniques prennent soin de leurs lecteurs, soin de la poésie, soin de la vie.

Pur et nu

de Bernard Antoine

Voici un premier roman d’une maîtrise impressionnante (hormis quelques coquetteries de vocabulaire qui ne collent pas avec la tension et le rythme parfaitement soutenus), qui nous entraîne dans l’intimité de la bande à Baader et parmi les ombres de l’Europe des années 70, tout en restant bien ancré dans notre époque contemporaine et en nous interrogeant sur le sens de la passion et de l’engagement. Une belle découverte !

L’homme à la Chimay bleue

de Jean-Philippe Querton

Dans ma mythologie festive personnelle, les bières fortes se dégustent à plusieurs et sont le prétexte de discussions animées où tout le plaisir consiste à savourer les histoires qu’on se raconte avec plus d’emphase et d’exaltation sous les effets conjugués de l’alcool et du bon goût du houblon. Il était donc facile pour moi d’entrer dans ce roman un sourire aux lèvres, d’y lire une farce, la plaisanterie d’un homme singulier qui décide de se suicider à la trappiste, un prétexte à faire rire en critiquant la vie de ceux qui ne savent pas y prendre du plaisir. La soûlographie a des rebondissements délectables ! Jean-Philippe Querton a la plume virevoltante et imaginative, quand elle est dopée à la Chimay bleue ! Et si son personnage boit seul, il me semble que c’est pour mieux convier le lecteur à sa table ! Puis, l’histoire prend une tournure plus sombre. L’homme rencontre une jeune fille qui pourrait interrompre sa beuverie suicidaire mais la bière est profondément noire. Et tandis que le lecteur que je suis dégrise, le personnage boit la Chimay jusqu’à la lie. Et la réalité rattrape ma mythologie personnelle : l’alcool triste succède souvent à l’alcool gai et tous deux terminent toujours par une énorme gueule de bois, à assumer seul au petit matin blême. Voilà une plongée profonde dans la vie d’un buveur de bière qui me fera lever mon prochain verre de trappiste avec plus de respect et de philosophie. Santé l’artiste !

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