Genèse de Mad (1/3)

À l’occasion de la réédition en version numérique de mon premier roman « Mad », j’avais envie de revenir avec vous sur l’aventure qu’a consisté ce premier livre.

Depuis mon adolescence, j’écris des histoires avec l’espoir d’inspirer des changements dans le monde. Je me suis toujours senti touché par les injustices et j’ai développé tôt le besoin de m’engager. Je me souviens encore du premier sitting que j’ai provoqué à 14 ans pour participer à une grève étudiante, des pétitions que je faisais signer et des t-shirts que je vendais pour Greenpeace. Et j’ai très vite eu l’intuition qu’en écrivant je pouvais inventer un autre regard sur la réalité. J’ai écrit des premières pièces de théâtre aux titres évocateurs « Microcosme éthique », « Génération caoutchouc »… mais enflammé par mes belles idées, je ne parvenais pas à rencontrer le succès et pire je passais souvent pour un donneur de leçons. Et dire qu’on m’avait conseillé de devenir enseignant, un comble !

Puis, j’ai moi-même expérimenté de nombreux changements dans ma propre vie : j’ai quitté l’enseignement pour fonder une compagnie de théâtre jeune public, je suis devenu papa, j’ai animé des ateliers d’écriture, travaillé en bibliothèque… pour enfin me lancer dans la voie dont je rêvais depuis le début : être écrivain ! Quand on est créatif et fidèle à ses valeurs, se réinventer est possible, même si c’est une course d’obstacles ! Cette expérience, je voulais en témoigner dans mes livres.

J’ai alors eu la chance de croiser, dans l’atelier d’artistes que j’animais à Liège, Geneviève, une plasticienne qui m’a raconté son parcours, son exaspération face au milieu de l’art et sa récente folie : acheter une maison isolée pour s’y retirer. Je n’ai plus jamais revu Geneviève mais son témoignage m’est resté : je tenais là le point de départ à l’histoire que je voulais écrire, quelqu’un qui a des rêves et qui envoie balader toutes les contraintes pour les réaliser.

Je tenais une idée. Il me fallait la densifier et lui donner de la chaire. Et c’est un autre artiste qui m’a inspiré. En sortant du film « Les Géants » de Bouli Lanners dont le rapport à la nature et à la liberté m’avait bouleversé, j’ai traversé la rue pour acheter un carnet à la librairie d’en face et j’ai écrit les premières scènes de « Mad », une femme qui se lance dans un retour à la campagne sans avoir aucune idée des conséquences et des difficultés que cela représente mais qui sait que c’est une nécessité pour rester elle-même et ne pas sombrer dans l’aigreur.

À l’époque, j’avais encore un boulot alimentaire principal et j’ai dû jongler avec les horaires et les activités familiales pour trouver le temps d’écrire. J’avais une assez longue pratique de l’écriture mais jamais sur des projets aussi ambitieux. J’avais déjà changé plusieurs fois de métier mais encore jamais eu la folie de tout abandonner juste pour l’écriture. Alors pendant un an, j’ai grappillé des heures un peu chaque jour, quelques week-ends en solitaire pour créer une structure très scénarisée, avec le plus de poésie possible.

Mad était à la fois un concentré de mes valeurs et le premier personnage principal aussi différent de moi ! Je voulais tout savoir d’elle, j’avais tant à lui faire vivre, tant à apprendre. Je voulais être comme elle : un idéaliste qui se frotte à la réalité, un citadin à la campagne. Cela m’a amené à me documenter et à vivre de belles expériences dont je vous parlerai dans un prochain épisode !

Découvrez la suite de la création de Mad par ici !