Écrira bien qui écrira le dernier

« Mes chers concitoyens ! »

Le premier ministre prenait la parole face caméra dans une pièce inhabituelle du Palais de la Nation. Il se tenait assis à un grand bureau doré devant le mur d’une bibliothèque. Du sol au plafond trônaient d’importants ouvrages drapés dans leur reliure plein cuir.

« Sic transit gloria mundi. »

L’homme d’état lettré entamait chacune de ses allocutions d’une citation latine qu’il ne prenait jamais la peine ni de traduire ni d’expliquer. Ceux qui n’y comprenaient rien hochaient la tête, les autres commentaient sans fin ce qui était peut-être la clé cachée du message ou la synthèse d’une pensée politique supérieure.

« Nous avons pris une décision importante que la conjoncture économique et le désir de prospérité de notre peuple imposaient. Conscients que la culture est le ciment de notre nation, nous avons choisi de mettre nos moyens et porter nos effort sur ses fondations. »

Le ministre de la Culture était planté debout à côté du bureau doré. Il avait la prestance d’une statue silencieuse, d’une décoration inutile. Les décisions annoncées relevaient de ses compétences, pourtant il se taisait, laissant à son premier ministre le soin de rendre le moment solennel et de s’en attribuer les mérites.

« À dater de ce jour, nous ne financerons plus de nouvelles créations artistiques. Quel besoin y aurait-il encore à créer aujourd’hui alors que tant d’œuvres passées et immortelles existent toujours et requièrent notre intérêt ? »

Le chef de l’état ouvrit les bras, embrassant d’un seul geste l’ensemble des livres qui l’entouraient. S’il avait été plus proche de son collègue, il lui aurait sans doute posé la main sur l’épaule, comme à un bon camarade, dans un simulacre de bonhomie qui donnait l’illusion d’offrir l’accolade aux téléspectateurs à travers l’écran.

« Voyez tous ces livres derrière moi. Je dois l’avouer humblement, je ne les ai pas encore tous lus. Qui pourrait en lire autant ? Nous manquerons toujours de temps pour découvrir les chefs-d’œuvre qui nous ont précédés. Mais voilà une cause bien noble dans laquelle je souhaite que nous nous investissions. Pourquoi, par exemple, les bibliothèques devraient-elles encore recevoir de budget d’achat pour des nouveautés ? Non ! Elles se concentreront dorénavant à valoriser nos grands classiques. Nous ne manquerons ainsi jamais de lecture et nous comblerons des gouffres dans la connaissance de notre culture. Pourquoi financerions-nous désormais l’aide à l’édition et aux auteurs alors que nous avons assez de livres pour une vie entière ? Quel intérêt à être auteur à l’heure où tout a déjà été écrit ? Pourquoi dépenserions-nous les deniers publics à soutenir une profession qui n’a plus d’avenir ? »

Il s’était penché en avant, le regard sirupeux, et se frottait les mains. Le ministre de la culture restait de marbre.

« Et il en va ainsi de tous les arts. Pourquoi créer de nouvelles pièces de théâtre ? Comment justifier le gaspillage de l’argent de la collectivité dans des mises en scène chaotiques, dans des élucubrations de jeunes chiens fous tandis que tant de grandes pièces, tant de magnifiques opéras ont traversé les siècles, gage de leur valeur et de leur utilité morale pour les générations futures ? Et pourquoi aller un soir de plus à une de ces représentations ineptes de danse contemporaine ? À quoi servent ces chorégraphies désarticulées quand le peuple est le dépositaire de nos kermesses, de nos bals de campagne, ces grandes fêtes de la danse populaire ? Et comment a-t-on osé jusqu’à présent dilapider nos deniers en soutien aux arts de la rue, à ces saltimbanques inutiles alors que nos concitoyens renouvellent fièrement chaque année notre ancestrale tradition du carnaval ? »

Le premier ministre marqua une pause, tapota la tablette du bureau. Le responsable de ce qu’il restait du ministère de la Culture n’avait pas bougé, n’avait pas toussé, ne suait pas. Il se fondait si bien dans le décor inanimé qu’on aurait pu douter qu’il soit encore vivant.

« Et la musique, me demanderez-vous ? Mais qui pourrait douter de la qualité du répertoire et de l’interprétation de nos fanfares et de nos orchestres philharmoniques ? Et comment mieux les mettre en valeur qu’en cessant de subventionner à fonds perdus des radios, des labels, des groupes de musique actuelle, qui ne ressemblent à rien et ne chantent même pas dans notre belle langue maternelle ? »

Il éructait à présent.

« Vous pensiez que c’était fini, que tout ceci suffisait à mettre fin à la gabegie ? Avez-vous seulement idée des subsides honteusement accordés jusqu’ici au secteur des arts plastiques pour des installations iconoclastes, des croûtes sans sujet ou des happenings d’artistes aussi branchés que neurasthéniques ? Pourquoi les soutiendrions-nous encore tandis que nos musées, qui regorgent de toiles de maîtres, de statues athlétiques et édifiantes, suffisent amplement à l’édification d’une culture saine et vivifiante pour notre peuple et sa fière jeunesse ? »

Le ministre de la culture, à l’évocation des modèles antiques et juvéniles, avait imperceptiblement pris un coup de vieux. Le premier ministre, lui, semblait ragaillardi, ainsi délesté de tant de dépenses inutiles. Il s’était redressé.

« Voilà pourquoi, mes chers concitoyens, nous avons décidé d’interdire dorénavant toute nouvelle création artistique qui ne soit pas déjà l’interprétation ou la valorisation d’une œuvre existante, d’un grand classique de notre répertoire. La santé de nos finances publiques et la grandeur de notre nation en dépendent. Nous ne pouvons plus financer tous les artistes du monde. La culture ne peut plus être un grand bric-à-brac, un fourre-tout bordélique, une tour de Babel. Non ! Notre culture a une histoire, des valeurs, un sens immuable qu’il convient de protéger de tous débordements, de tous détournements, en un mot, de tous dévoiements. Je vous le redis, trois fois plutôt qu’une, la culture est le ciment de nos foyers, de notre pays, de notre nation. Et avec elle, nous bâtirons les murs qui nous protégeront. L’argent des gens n’ira plus se perdre dans les poches d’artistes indigents. Il n’y aura plus de subsides pour les parasites. Avec tout mon gouvernement, je m’y engage ! »

L’hymne national retentissait déjà lorsqu’il conclut d’une sibylline citation latine.

« Assinus assinum fricat. »

Les premières réactions à ces coupes sombres dans les budgets de la création furent lentes et timides. La plupart des bibliothécaires soutinrent la mesure, plutôt favorables à cette nouvelle mission de détenteurs du patrimoine livresque. En effet, dans un premier temps, on assista à une augmentation du nombre de lecteurs en bibliothèque, attirés par le subtilement nommé « chefs d’œuvre littéraire challenge », tandis que les plus petites librairies mettaient la clé sous le paillasson. La fréquentation des salles d’opéra et de musique classique grimpa à son tour. Et une grande enseigne de fast food profita de la fermeture de plusieurs petits lieux de spectacle pour racheter les bâtiments et améliorer son offre de proximité dans les grandes villes.

Les agendas culturels disparurent, ce qui facilita l’organisation des sorties de plus d’un citoyen. Plus question d’être submergé de propositions multi-sectorielles, plus de risque de manquer l’essentiel dans cet ancien océan de productions exponentielles. Finies les rencontres d’auteurs qui n’attiraient de toute façon que de rares quidams, obsessionnels ou grabataires. Fini les vernissages d’artistes incompris car incompréhensibles. Faute de budget pour payer le mousseux et les petits fours, plus rien n’attirait les chalands. Et les musées en profitèrent pour lancer fort à propos une campagne de recrutement pour faire face à l’afflux de visiteurs qui ne manqueraient pas de rejoindre le giron de la culture officielle.

Quelques créateurs s’indignèrent. Des intellectuels écrivirent des cartes blanches, écho ironique à leur habituelle angoisse de la page blanche. Les plus branchés mirent des tâches de couleur sur leur profil virtuel en signe de désapprobation. Le débat fit rage sur les réseaux sociaux avant de céder la place à d’autres sujets sur le podium des protestations. La population, de manière générale, était plutôt attentiste, rassurée par ces économies, titillée par le défi de découvrir une ancienne culture colossale et vaguement chagrinée par l’avenir des artistes. Sans doute que certains, grâce à la vigoureuse action gouvernementale, trouveraient enfin un vrai métier. Par ailleurs, les programmes télés n’avaient que peu changé. Les grosses radios émettaient encore, seules les petites s’étaient tues. Et aucun bar karaoké n’avait fermé. Les samedis soirs étaient toujours aussi chargés et le commerce continuait de tourner. Le gouvernement était ravi, ses mesures étaient un succès.

Les premiers signes d’un retournement de situation n’apparurent que quelques mois plus tard lorsque les murs des grandes villes connurent une recrudescence de tags sauvages. Personne ne parla d’art. Les autorités engagèrent des sociétés de nettoyage. Quelques gamins devaient s’ennuyer. Mais la vague s’amplifia. Des graffitis élaborés ornèrent bientôt les façades des bâtiments officiels. Un matin, on découvrit des plantes mutantes, de fières verges végétales, sur les colonnes du Palais de Justice qui semblait soudain prendre vie et vouloir repousser son chapiteau vers le ciel. L’immense mur aveugle de la tour des finances, siège de l’administration fiscale, se couvrit d’une fresque gigantesque de personnages hauts en couleurs, pas deux les mêmes, tous en train de perdre leur temps dans des activités socialement inutiles : skaters, breackers, dealers, dissimulant habilement d’autres fonctions d’avenir : rêveurs, branleurs, lutineurs ; ébauche d’un manifeste utopique s’adressant à toutes les couches de la population. Les réalisations étaient de plus en plus audacieuses et il devint évident que les délinquants devaient bénéficier de complicités dans de nombreux secteurs de la société pour continuer à agir ainsi en secret et en toute impunité. Tous les chantiers de construction étaient l’occasion de nouveaux graffs, tout engin de chantier était détourné pour atteindre un pan de mur inaccessible, les pignons les plus exposés, les symboles de l’État et de l’autorité. La police renforça ses rondes de nuit, en vain, sans parvenir à endiguer le phénomène, comme si chaque habitant était soudain susceptible de protéger les tagueurs, de faire le guet pour eux et de dissimuler chez soi des bombes de couleurs. Au Ministère de l’Intérieur, on évoqua la possibilité de rafles sans oser céder à pareil ridicule, des perquisitions pour quelques pots de peinture. Alors, le gouvernement prit la seule mesure jugée opportune : on augmenta les taxes sur tous les articles de décoration. Gouache, latex, acrylique en spray furent dès lors hors de prix. Mais des caisses de solidarité clandestines se mirent en place. Une société mutualiste des artistes illégaux vit le jour. Des collectes populaires permettaient d’alimenter les fonds de soutien et de fournir du matériel à tout qui voulait s’exprimer en peignant. Des ateliers de dessin clandestins furent mis sur pied. Des cellules d’artistes plasticiens se créèrent dans des cours, des caves, des arrières-boutiques. Très vite, ils devinrent des lieux courus où les amateurs d’art se retrouvèrent, où chacun pouvait souffler un peu, relâcher la pression quotidienne et se retrouver pour écouter de la musique.

Les musiciens étaient les plus frustrés de tous les artistes soumis aux mesures d’austérité gouvernementales. Ils n’avaient le droit de se produire en public que pour interpréter les œuvres de leurs prédécesseurs, pour proposer des reprises. La recrudescence de groupes de covers des gloires nationales menaçait d’être lassante. La composition personnelle démangeait plus d’un et l’air du temps se prêtait à la chanson. Les émotions étaient exacerbées par une société terne et passéiste. L’espoir, l’appel de l’aventure, l’amour toujours avaient besoin de voix pour continuer à exister. Les dilemmes du monde moderne, s’adapter ou se révolter, poussaient certains à mettre des notes sur leurs cris. La musique rassemble, transporte et bientôt des petits concerts s’organisèrent dans des ateliers underground, dans tous ces petits lieux de résistance du pays qui échappaient de plus en plus à la vigilance des autorités. Une nouvelle scène bigarrée se réinventait et côtoyait les modèles posant nus, les graffeurs survoltés et les danseurs endiablés.

La danse s’avéra être l’exutoire idéal. Les corps se libéraient de la pression sociale. Les couples se formaient et se défaisaient. Tous les genres étaient permis et donnèrent lieu à des battles. Ces compétitions eurent très vite plus de supporters en piste que les ligues officielles des anciens sports les plus connus. Chacun répétait ses pas en cachette et passait parfois toute la nuit à les reproduire ad libitum pour retrouver la force de se tenir debout et retourner le lendemain au boulot. Une forme innovante de danse contact faisait fureur permettant de mieux se rencontrer dans une société trop codée. Des groupes de danse action firent leur apparition, exécutant leur mini-chorégraphie suggestives et intrigantes aux caisses des supermarchés, dans les salles d’attente de l’administration, sur les trottoirs des grands boulevards. Ces flash-mobs furtives étaient impossibles à anticiper, parfois même imperceptibles tant leurs gestes pouvaient n’être qu’un détournement léger, subtil et étrangement poétique de routines trop mécaniques. La police peinait à les empêcher et était toujours en retard pour les arrêter. Chaque danseur redevenait un passant banal que rien ne différenciait des autres. Dans la zone touchée par l’irruption d’un moment dansé, tout le monde affichait alors un large sourire satisfait.

C’en fut trop pour le pouvoir qui décida de frapper un grand coup. Les premières rafles commencèrent un beau matin de printemps. Toutes celles et tous ceux qui avaient un jour coché la case « artiste » sur un document officiel, qui avaient eu leur nom à l’affiche d’un film, d’un spectacle, d’un concert ou au catalogue d’une exposition, qui avaient signé une œuvre, un autographe ou une demande de bourse de création, toutes et tous furent jetés en prison. Et pour éviter que ces mesures draconiennes ne coûtent à la société, les autorités les mirent aussitôt au travail forcé. Les établissement pénitentiaires furent transformés en camp de rééducation afin que ces fainéants aient enfin un vrai métier. Le gouvernement pensait faire d’une pierre deux coups : museler les gêneurs et les transformer en main d’œuvre bon marché. La population ne devait pas se plaindre : il n’y avait plus personne pour les exciter ou leur mettre en tête de drôles d’idées et plus question de temps libre à flâner car la concurrence de ces sans-emplois exploités serait sans pitié.

« Errare humanum est » avait annoncé le premier ministre lors de la courte allocution qui annonçait ces mesures répressives. Il avait pris la parole seul, le Ministère de la Culture étant à présent dissout. Son intervention lapidaire s’était terminée par la suite de sa trop célèbre citation introductive : « Perseverara diabolicum. »

Difficile de dire si l’avertissement final demeura incompris ou au contraire s’il fut pris au mot mais, dès les premiers jours de l’incarcération des artistes, des pans entiers de la société marquèrent leur désapprobation. Les flashs mobs reprirent de plus belles suscitant des émeutes aux caisses des supermarchés, créant des embouteillages sur les grands boulevards et paralysant des secteurs entiers de l’économie nationale. Les dépôts de bières n’étaient plus approvisionnés, de nombreux restaurants étaient au bord de la faillite et la grande distribution perdait des parts de marché. La contestation n’était pas coordonnée, les revendications peu compréhensibles, ce qui ajoutait à l’incertitude ambiante. Des chorales citoyennes s’improvisèrent pour égayer tout rassemblement de plus de deux personnes. On chantait au travail, en rue, à l’école, devant le Palais de la Nation et les murs des prisons. Et ces derniers se couvrirent soudain de tags colorés, de slogans variés et de revendications révoltées.

À nouveau, le gouvernement réagit avant que le mouvement ne prenne trop d’ampleur. La population souhaitait s’amuser ? Le peuple voulait rêver ? Le premier ministre les avait compris et allait leur donner ce qu’ils demandaient. Il offrit publiquement sa grâce ministérielle à tous les artistes qui accepteraient de s’engager dans une grande mission de salubrité nationale : divertir le public. Dès à présent, l’art ne serait toléré qu’à condition qu’il galvanise les foules, qu’il exalte l’énergie de la nation et qu’il soutienne la grande fête de la productivité. Le nouveau ministre des Arts et du Divertissement souriait à ses côtés. Le chef du gouvernement conclut, sûr de lui : « Fluctuat nec mergitur. »

L’ouverture fut saluée avec enthousiasme par tous les artistes qui étouffaient entre quatre murs, par tous les travailleurs qui se réjouissaient de retrouver de quoi se changer les idées, par les commerçants qui flairèrent la bonne affaire. Les seuls que l’on n’entendit pas dans l’aventure furent les écrivains. Tous ces soubresauts politico-artistiques n’étaient pas de la littérature et, si les autorités dictaient le sens de l’histoire, donnaient le ton, personne n’avait de vue d’ensemble du tableau, aucune idée de la suite de la musique, ni des rouages du récit. Aux premiers jours des rafles, certains auteurs étaient restés terrés dans leur cave, plus calme et efficace qu’une tour d’ivoire, les autres croupissaient toujours au fond des cachots car ces artistes avaient besoin de temps pour écrire de nouvelles œuvres, un nouvel imaginaire à opposer au discours officiel, des aventures où les mots et les émotions ne permettraient plus de manipuler la population, où des foules se découvriraient une sensibilité commune et des capacités à créer un art de vivre sur d’autres valeurs plus positives, où chacun sculpterait son destin sans avoir de compte à rendre et sans nuire à personne. Des sagas se préparaient, des sommes s’écrivaient, des œuvres couvaient. Ces romans-là n’étaient encore que des brouillons, des manuscrits maladroits à peaufiner mais leurs protagonistes, leurs décors étaient plantés, leur fils narratifs germaient, s’entremêlaient et leur réponses dramatiques, inspirantes et subtiles, s’élaboraient. Patience et persévérance. Une fois écrits, plus rien ni personne ne pourrait empêcher qu’ils soient lus. Un jour, l’histoire changerait de cours.

Remarques :

La photo d’illustration, intitulée ‘Jambon mystique’ est l’œuvre de Boris Grötz (2019).

Cette nouvelle a été écrite lors de la phase de lancement du « Laboratoire d’écriture de récits inspirants », plus d’infos ici.

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